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Temps de lecture : 14 minutes

Cet article est le cinquiĂšme d’une sĂ©rie 6 articles qui retracent mon roadtrip en France (du 17 Juin au 4 Juillet 2020). Vous pouvez : Lire l’Ă©pisode 1,  l’Ă©pisode 2, l’Ă©pisode 3, l’Ă©pisode 4.

I – Notre trajet Montpeyroux > Limoges

Nous avons quittĂ© Montpeyroux et pris la route vers Limoges, notre cinquiĂšme Ă©tape, aux alentours de midi. Contrairement Ă  notre habitude, nous n’avons pas fait d’escale en cours de route, mis Ă  part une petite pause pour dĂ©jeuner.

Notre trajet Montpeyroux > Limoges

À l’origine, nous avions pris un logement sur Airbnb Ă  Cieux, un petit village Ă  quelques minutes de voiture d’Oradour-sur-glane. Suite Ă  notre mĂ©saventure Ă  Vienne, nous avions dĂ©cidĂ© de repasser en revue toutes nos rĂ©servations afin de vĂ©rifier que celles-ci correspondent bien Ă  nos critĂšres : il s’est avĂ©rĂ© que nous avions quelques doutes sur le logement Ă  Cieux et nous avons prĂ©fĂ©rĂ© annuler gratuitement et rĂ©servĂ© une chambre dans un hĂŽtel Ibis Ă  Limoges.

Nous sommes arrivĂ©s en fin d’aprĂšs-midi Ă  Limoges et nous avons dĂ©cidĂ© de nous reposer Ă  l’hĂŽtel afin d’ĂȘtre en forme pour notre visite du lendemain : Oradour-sur-glane.

Au final, notre sĂ©jour dans cet hĂŽtel ibis a lui aussi Ă©tĂ© un peu compliquĂ© : la climatisation Ă©tait en panne en plein Ă©pisode caniculaire…

II – Oradour-sur-Glane, rappel historique

Sur mon site je parle rarement d’Histoire et pourtant c’est l’une de mes passions : c’est d’ailleurs pour cela que nous sommes allĂ©s visiter le village d’Oradour-sur-Glane. Si vous ne connaissez pas encore l’histoire du massacre d’Oradour-sur-Glane, je vous propose de la dĂ©couvrir Ă  travers mes mots et mes photos.

Citation prĂ©sente dans le musĂ©e d’Oradour-sur-Glane

a) Oradour avant le massacre

Nous sommes dans les années 1930 : Oradour-sur-Glane est un petit village Français de Haute-Vienne situé à environ vingt kilomÚtres de Limoges. Le samedi, de nombreux habitants de Limoges empruntent le tramway qui relie les deux communes pour venir y acheter des produits frais sur le marché. Oradour est une petite commune qui ne compte que 1 574 habitants en 1936, dont 330 uniquement dans le bourg du village.

Entre 1939 et 1944, la population d’Oradour augmente en raison de l’arrivĂ©e de rĂ©fugiĂ©s : d’abord des espagnols, des alsaciens, puis des lorrains. AprĂšs la dĂ©faite de 1940, des rĂ©fugiĂ©s du Nord, du Pas de Calais, de Montpellier et d’Avignon arrivent Ă©galement.

En 1942, les nazis envahissent la zone libre. Comme Oradour est une petite commune, l’occupant Allemand n’y met jamais les pieds. Plusieurs tĂ©moignages vont jusqu’Ă  dire que l’occupant n’a pas infligĂ© de souffrances directes au village.

Photos d’Oradour-sur-Glane avant le massacre

b) La 2Úme division SS « Das Reich »

AprĂšs avoir combattu et subi de lourdes pertes sur le front de l’Est, la 2Ăšme division blindĂ©e SS « Das Reich » est mise au repos en Avril 1944 dans la rĂ©gion de Montauban afin d’ĂȘtre reconstruite. DĂ©but Mai, cette division comporte 18 468 hommes sur un effectif thĂ©orique de 21 000 : les hommes qui composent cette unitĂ© sont imprĂ©gnĂ©s par l’idĂ©ologie nationale-socialiste et ils se considĂšrent comme une unitĂ© militaire d’Ă©lite.

En Juin 1944, la division n’est toujours pas totalement opĂ©rationnelle car l’armement lourd et les blindĂ©s sont encore majoritaire dĂ©faillant. Ils sont donc toujours au repos mais cela n’empĂȘche pas certains Ă©lĂ©ments de la division de participer Ă  des opĂ©rations de lutte contre les rĂ©sistants et Ă  des reprĂ©sailles contre la population civile.

Alors que les alliĂ©s dĂ©barquent en Normandie, la 2Ăšme division « Das Reich » reçoit deux ordres contradictoires dĂšs le lendemain : le premier lui ordonne de rejoindre la Normandie et le deuxiĂšme d’intervenir contre la rĂ©sistance dans la rĂ©gion de Tulle-Limoges. Les ordres sont clarifiĂ©s quelques heures plus tard : l’essentiel de la division doit ĂȘtre retirĂ© des engagements en cours avant le  à 12 h pour rejoindre le front de Normandie.

Alors que la 2Ăšme division « Das Reich » se dirige vers Tulle, les nazis sont confrontĂ©s Ă  des actions menĂ©es par la RĂ©sistance : de nombreux rĂ©sistants et civils seront sommairement exĂ©cutĂ©s. La 2Ăšme division « Das Reich » ira mĂȘme jusqu’Ă  se venger en pendant 99 hommes, qui n’avaient aucun lien avec la RĂ©sistance, aux balcons et aux rĂ©verbĂšres de la ville de Tulle (ils dĂ©porteront Ă©galement 149 hommes dĂšs le lendemain).

Afin de rĂ©duire les activitĂ©s des rĂ©sistants et de diminuer le soutien de la population envers ces derniers, les nazis dĂ©cident de prĂ©parer une action pour produire un effet maximal de terreur : les 9 et 10 juin, le massacre d’Oradour fait l’objet d’au moins 3 rĂ©unions de prĂ©paration rĂ©unissant la milice, la police de sĂ©curitĂ© allemande et la 2Ăšme division SS « Das Reich ».

Les raisons du choix d’Oradour pour cette action de terreur restent Ă  l’heure d’aujourd’hui mal comprises : selon certains historiens, les nazis souhaitaient prendre 40 personnes en otage et rechercher un officier allemand disparu. Pour d’autres, ces justifications furent inventĂ©es par le commandant de l’unitĂ© juste avant de quitter les ruines d’Oradour…

Le 10 Juin 1944 au matin, la derniĂšre rĂ©union de prĂ©paration du massacre Ă  lieu Ă  l’hĂŽtel de la gare de Saint-Junien, une petite commune Ă  12 km d’Oradour-sur-Glane.

c) 10 Juin 1944 Ă  13h45 : L’arrivĂ©e des nazis Ă  Oradour

Vers 13h30, deux colonnes de la 2Ăšme division SS « Das Reich » quittent Saint-Junien et prennent la direction d’Oradour-sur-Glane. Ces deux colonnes sont composĂ©es d’un total de 200 hommes armĂ©s. Au moment du dĂ©part,  le chef de la 1Ăšre section dĂ©clare « Ça va chauffer : on va voir de quoi les Alsaciens sont capables ».

Alors qu’ils ne sont plus qu’Ă  1 km du village, les nazis s’arrĂȘtent pour distribuer les ordres aux officiers et sous-officiers. Un premier groupe de cinq Ă  huit vĂ©hicules entre dans le village par l’est, en empruntant le pont de la Glane.

Vers 13h45, le village est déjà encerclé par 120 hommes environ.

L’arrivĂ©e des Allemands dans le bourg du village ne suscite aucune panique : certains commerçants ferment mais d’autres restent ouverts comme le coiffeur, qui part s’acheter du tabac pendant que son commis s’occupe d’un client. Ils n’avaient jamais vu d’Allemands et ils les regardent donc arriver avec plus de curiositĂ© que de crainte.

Cependant, d’aprĂšs les tĂ©moignages des survivants, entre 130 et 150 personnes tentĂšrent de s’enfuir ou de se cacher.

DĂ©roulĂ© du massacre d’Oradour-sur-Glane (Carte par Rozol 77)

d) 14h45 : Le rassemblement des habitants

Le commandant de la 2Úme division SS « Das Reich » convoqua le maire du village qui fit appel au crieur public pour ordonner aux habitants et aux personnes présentent dans le village de se rassembler sur le champ de foire.

Le champ de foire d’Oradour-sur-Glane

La majoritĂ© de la population obĂ©it aux ordres, persuadĂ©e qu’il s’agit d’un simple contrĂŽle de routine.

Les nazis rĂ©partissent alors les hommes et les femmes et les enfants en deux groupes. L’inquiĂ©tude reste mesurĂ©e parmi la population : le pĂątissier, M. Compain, demandera mĂȘme Ă  un soldat Allemand s’il peut aller vĂ©rifier la cuisson des gĂąteaux qu’il venait de mettre au four : on lui rĂ©pond en Français que quelqu’un va s’en occuper.

Les nazis forcent tous les habitants Ă  rejoindre le champ de foire : ils passent dans chaque immeuble et n’hĂ©sitent pas Ă  dĂ©foncer les portes et les fenĂȘtres si nĂ©cessaire. La rafle inclut Ă©galement les quatre Ă©coles de la commune (soit 191 enfants, 2 instituteurs et 5 institutrices) mais aussi les habitants des hameaux voisins.  Les fuyards ou ceux qui ne peuvent se dĂ©placer sont immĂ©diatement abattus.

À 14h45, le rassemblement de la population est terminĂ©. Un des Waffen-SS alsaciens traduit les propos du commandant de la 2Ăšme division SS « Das Reich » : les SS ont entendu parler d’une cache d’armes et de munitions Ă  Oradour et demandent Ă  tous ceux qui possĂšdent une arme de faire un pas en avant.

Les nazis menacent les habitants de mettre le feu aux maisons afin de faire sauter le dĂ©pĂŽt clandestin mais ils n’obtiennent aucune rĂ©action. Ils dĂ©cident alors de demander au maire de la commune de dĂ©signer 30 otages : celui-ci refuse de satisfaire une telle exigence et assure aux Allemands que les habitants n’ont pas connaissance d’un tel dĂ©pĂŽt et se porte garant pour eux.

Vers 15h00, aprĂšs des scĂšnes d’adieux dĂ©chirantes, les femmes et les enfants sont conduits dans l’Ă©glise du village.

Le Waffen-SS alsacien renouvela sa demande de dĂ©nonciation : selon Marcel Darthout, l’un des survivants, « aucun dĂ©pĂŽt ne fut signalĂ© et pour cause, il n’y en avait pas dans le village qui Ă©tait parfaitement tranquille et oĂč chacun s’occupait uniquement de son petit commerce ou de la culture de ses terres».

AprĂšs une heure d’attente, les hommes sont conduits Ă  diffĂ©rents endroits repĂ©rĂ©s par les nazis.

e) 16h00 : Le massacre des hommes

Les 180 hommes et jeunes adolescents de plus de quatorze ans sont rĂ©partis par groupes d’une trentaine de personnes dans six lieux d’exĂ©cution : la grange Bouchoule, la grange Laudy, la forge Beaulieu, la grange Milord, le garage Desourteaux et le chai Denis.

Les survivants tĂ©moignent de l’ambiance : « Pendant que, toujours tenus sous la menace des fusils, les hommes devaient vider chacun de ces locaux de tous les objets qu’ils contenaient, un SS balayait soigneusement un large espace devant la porte, puis y installait une mitrailleuse et la mettait en batterie face au local ». « MalgrĂ© cette situation inquiĂ©tante, chacun reprenait confiance, certain qu’il n’existait aucun dĂ©pĂŽt d’armes dans le village. La fouille terminĂ©e, le malentendu serait dissipĂ© et tout le monde serait relĂąchĂ©. Ce n’Ă©tait aprĂšs tout qu’une question de patience »

L’ordre est donnĂ© d’abattre les diffĂ©rents groupes d’hommes Ă  16 heures.

Marcel Darthout tĂ©moigne : « nous avons perçu le bruit d’une dĂ©tonation venant de l’extĂ©rieur, suivi d’une rafale d’arme automatique. AussitĂŽt, sur un commandement bref, les six Allemands dĂ©chargĂšrent leurs armes sur nous. [
] En quelques secondes, j’ai Ă©tĂ© recouvert de cadavres tandis que les mitrailleuses lĂąchaient encore leurs rafales ; j’ai entendu les gĂ©missements des blessĂ©s. [
] Lorsque les rafales eurent cessĂ©, les Allemands se sont approchĂ©s de nous pour exterminer Ă  bout portant quelques-uns parmi nous »

Les corps sont ensuite recouverts de paille et les nazis mettent le feu. Dans la plupart des lieux d’exĂ©cution, le feu a Ă©tĂ© allumĂ© sur des hommes encore vivants.

« Jusqu’au dernier instant, Ă  l’ultime seconde du dĂ©clenchement de la mitraille, ceux qui Ă©taient devenus des otages en attente d’une exĂ©cution n’ont pas imaginĂ© la consĂ©quence de leur situation. [
] Ils ne pouvaient pas y croire et ils n’y ont pas cru. La surprise des victimes a Ă©tĂ© totale. La manƓuvre des Waffen-SS avait rĂ©ussi : l’exĂ©cution s’est passĂ©e dans le calme, sans difficultĂ© et sans panique»

Parmis les soixante-deux prisonniers dont faisait partie Marcel Darthout, six s’Ă©chappent du bĂątiment, dont un sera tuĂ© par une sentinelle. Les cinq Ă©vadĂ©s survivants sont les seuls rescapĂ©s des fusillades.

Les SS qui ne participent pas aux meurtres (soit quatre Ă  cinq hommes de chaque peloton) se livrent au pillage du village : ils emportent avec eux argent, bijoux, tissus,produits alimentaires, instruments de musique, bicyclettes, volailles, porcs, moutons et veaux… Au fur et Ă  mesure du pillage, les bĂątiments sont systĂ©matiquement incendiĂ©s. DĂ©busquĂ©s par les pillards ou chassĂ©s de leur cachette par les incendies, de nombreux habitants qui avaient Ă©chappĂ© Ă  la rafle sont massacrĂ©s isolĂ©ment ou en petits groupes.

Un garage dans lequel a Ă©tĂ© exĂ©cutĂ© un groupe d’hommes

f) 16h00: Le massacre des femmes et des enfants

Marguerite Rouffanche, la seule survivante du massacre des femmes et des enfants raconte :

« EntassĂ©s dans le lieu saint, nous attendĂźmes, de plus en plus inquiets, la fin des prĂ©paratifs auxquels nous assistions. Vers 16 h, des soldats ĂągĂ©s d’une vingtaine d’annĂ©es placĂšrent dans la nef, prĂšs du chƓur, une sorte de caisse assez volumineuse de laquelle dĂ©passaient des cordons qu’ils laissĂšrent traĂźner sur le sol. Ces cordons ayant Ă©tĂ© allumĂ©s, le feu fut communiquĂ© Ă  l’engin dans lequel une forte explosion se produisit et d’oĂč une Ă©paisse fumĂ©e noire et suffocante se dĂ©gagea. Les femmes et les enfants Ă  demi asphyxiĂ©s et hurlant d’Ă©pouvante affluĂšrent vers les parties de l’Ă©glise oĂč l’air Ă©tait encore respirable. C’est ainsi que la porte de la sacristie fut enfoncĂ©e sous la poussĂ©e irrĂ©sistible d’un groupe Ă©pouvantĂ©. J’y pĂ©nĂ©trai Ă  la suite et, rĂ©signĂ©e, je m’assis sur une marche d’escalier. Ma fille vint m’y rejoindre. Les Allemands, s’Ă©tant aperçus que cette piĂšce Ă©tait envahie, abattirent sauvagement ceux qui venaient y chercher refuge. Ma fille fut tuĂ©e prĂšs de moi d’un coup de feu tirĂ© de l’extĂ©rieur. Je dus la vie Ă  l’idĂ©e de fermer les yeux et de simuler la mort. Une fusillade Ă©clata dans l’Ă©glise. Puis de la paille, des fagots, des chaises furent jetĂ©s pĂȘle-mĂȘle sur les corps qui gisaient sur les dalles. Ayant Ă©chappĂ© Ă  la tuerie et n’ayant reçu aucune blessure, je profitai d’un nuage de fumĂ©e pour me glisser derriĂšre le maĂźtre-autel. Il existe dans cette partie de l’Ă©glise trois fenĂȘtres. Je me dirigeai vers la plus grande qui est celle du milieu et, Ă  l’aide d’un escabeau qui servait Ă  allumer les cierges, je tentai de l’atteindre. Je ne sais alors comment j’ai fait, mais mes forces Ă©taient dĂ©cuplĂ©es. Je me suis hissĂ©e jusqu’Ă  elle, comme j’ai pu. Le vitrail Ă©tait brisĂ©, je me suis prĂ©cipitĂ©e par l’ouverture qui s’offrait Ă  moi. J’ai fait un saut de plus de trois mĂštres, puis je me suis enfuie jusqu’au jardin du presbytĂšre. Ayant levĂ© les yeux, je me suis aperçue que j’avais Ă©tĂ© suivie dans mon escalade par une femme qui, du haut de la fenĂȘtre, me tendait son bĂ©bĂ©. Elle se laissa choir prĂšs de moi. Les Allemands, alertĂ©s par les cris de l’enfant, nous mitraillĂšrent. Ma compagne et le poupon furent tuĂ©s. Je fus moi-mĂȘme blessĂ©e en gagnant un jardin voisin. »

L’Ă©glise d’Oradour-sur-Glane

g) 21h00 : Le départ des nazis

Vers 18h00, un ingĂ©nieur des chemins de fer, Jean Pallier, arrive en camion Ă  l’entrĂ©e du village. Il est arrĂȘtĂ© avec ses compagnons de voyage mais autorisĂ© Ă  rester sur place aprĂšs une fouille. Il est ensuite rejoint par les passagers du tramway parti de Limoges habitant Oradour ou s’y rendant.

Jean Pallier tente de rejoindre le bourg Ă  travers champs mais il constate que le bourg est encerclĂ© par les nazis. Le groupe d’une quinzaine de personnes est arrĂȘtĂ© vers 20 h et, aprĂšs plusieurs vĂ©rifications d’identitĂ©, relĂąchĂ© avec ordre de s’Ă©loigner du village : un sous-officier parlant correctement le français dĂ©clare aux membres de la petite troupe : « Vous pouvez dire que vous avez de la chance ».

Les nazis quittent Oradour entre 21h00 et 22h30 : seule une section de garde passe la nuit dans le village Ă  boire des vieilles bouteilles et du champagne. Des groupes de nazis reviennent Ă  Oradour les 11 et 12 Juin pour enterrer les cadavres et rendre leur identification impossible.

h) Les premiers témoins

Jean Pallier, l’ingĂ©nieur en chemin de fer qui avait tentĂ© de rentrer dans le bourg d’Oradour dans la soirĂ©e du 10 Juin, est l’un des premiers Ă  revenir sur place dans la matinĂ©e du 11 Juin. Il est accompagnĂ© de quelques hommes et il raconte :

« Tous les bĂątiments y compris l’Ă©glise, les Ă©coles, la mairie, la poste, l’hĂŽtel que ma famille habitait, n’Ă©taient plus que ruines fumantes. [
] En tout et pour tout, nous n’avions aperçu que trois cadavres carbonisĂ©s en face d’une boucherie et un cadavre de femme non carbonisĂ©, mais tuĂ©e d’une balle dans la nuque. »

« Au milieu d’un amas de dĂ©combres, on voyait Ă©merger des ossements humains calcinĂ©s, surtout des os de bassin. Dans une dĂ©pendance de la propriĂ©tĂ© du docteur du village, j’ai trouvĂ© le corps calcinĂ© d’un enfant [
] Je vis plusieurs charniers [
] Bien que les ossements fussent aux trois quarts consumĂ©s, le nombre de victimes paraissait trĂšs Ă©levĂ©. »

Alors qu’il progresse dans le village, il pĂ©nĂštre dans les ruines de l’Ă©glise :

« Il n’est pas de mots pour dĂ©crire pareille abomination. Bien que la charpente supĂ©rieure de l’Ă©glise et le clocher soient entiĂšrement brĂ»lĂ©s, les voĂ»tes de la nef avaient rĂ©sistĂ© Ă  l’incendie. La plupart des corps Ă©taient carbonisĂ©s. Mais certains, quoique cuits au point d’ĂȘtre rĂ©duits en cendres, avaient conservĂ© figure humaine. Dans la sacristie, deux petits garçons de douze ou treize ans se tenaient enlacĂ©s, unis dans un dernier sursaut d’horreur. Dans le confessionnal, un garçonnet Ă©tait assis, la tĂȘte penchĂ©e en avant. Dans une voiture d’enfant reposaient les restes d’un bĂ©bĂ© de huit ou dix mois. Je ne pus en supporter davantage et c’est en marchant comme un homme ivre que je regagnai [le hameau des Bordes]. »

Plusieurs tĂ©moins font Ă©galement Ă©tat de viols, mĂȘme si ceux-ci ne sont pas Ă©voquĂ©s lors du procĂšs. Marcel Darthout a par la suite dĂ©clarĂ© :  Qu’avaient fait les SS dans la maison Dupic, le soir du  ? [
] La pensĂ©e que les soldats eussent pu abuser de jeunes femmes du village, aprĂšs le massacre, parmi lesquelles aurait pu ĂȘtre ma sƓur Georgette, me hantait. »

Le 13 Juin, le prĂ©fet rĂ©gional de Limoges obtient l’autorisation des autoritĂ©s allemandes de se rendre Ă  Oradour. Dans son rapport aux autoritĂ©s de Vichy il reprend la version des nazis mais il tient « Ă  souligner que le village d’Oradour-sur-Glane Ă©tait une des communes les plus tranquilles du dĂ©partement et que sa population laborieuse et paisible Ă©tait connue pour sa modĂ©ration »

La liste des victimes est fixĂ©e par plusieurs jugements du tribunal civil de Rochechouart : en janvier 1947, le dĂ©compte final est Ă©tabli a 642 dĂ©cĂšs avec seulement 52 corps identifiĂ©s. Parmi les morts, on dĂ©nombre 393 personnes domiciliĂ©es ou rĂ©fugiĂ©es Ă  Oradour, 167 habitants des villages et hameaux de la commune, 93 rĂ©sidents de Limoges, 25 personnes rĂ©sidant dans la Haute-Vienne et 18 dans d’autres dĂ©partements.

La gare de tramway d’Oradour-sur-Glane

i) Les survivants

Du massacre en lui-mĂȘme, seules 6 personnes ont survĂ©cu : Robert HĂ©bras (qui est le dernier survivant encore en vie), Jean-Marcel Darthout, Mathieu Borie, ClĂ©ment Broussaudier, Mme Marguerite Rouffanche, ainsi que Pierre-Henri Poutaraud.

Certains habitants ont rĂ©ussi Ă  quitter le village entre l’arrivĂ©e des Allemands et le dĂ©but du massacre. Au total, une trentaine d’habitants du village seulement on survĂ©cut.

Jean Marcel Darthout et Robert Hebras, deux des survivants du massacre.

j) Oradour aprĂšs le massacre

En , le gouvernement français dĂ©cide le classement parmi les monuments historiques de l’Ă©glise conservĂ©e dans l’Ă©tat oĂč elle se trouvait aprĂšs l’incendie et celui des ruines du village parmi les sites historiques ; il dĂ©cide Ă©galement de la rĂ©Ă©dification du village sur un emplacement diffĂ©rent de l’ancien.

Les familles survivantes vĂ©curent dans des baraques en bois jusqu’en 1953. Elles dĂ©mĂ©nagĂšrent par la suite dans le « nouveau bourg », construit Ă  quelques centaines de mĂštres des ruines.

Jusqu’au dĂ©but des annĂ©es soixante, les habitants observent un deuil permanent et Oradour est une ville morte, oĂč ne sont cĂ©lĂ©brĂ©s ni communion, ni baptĂȘme, ni mariage, sans aucune activitĂ© festive et oĂč la seule vie associative est constituĂ©e par les activitĂ©s organisĂ©es par l’Association nationale des Familles des Martyrs d’Oradour. Le docteur Lapuelle tĂ©moigne de l’ambiance de cette Ă©poque : « à l’époque, le bourg Ă©tait d’une extrĂȘme tristesse. Des rues dĂ©sertes. On voyait peu de gens. Et surtout, ce qui frappait, c’est qu’on ne voyait pas d’enfants. [
] Et cette tristesse Ă©tait quelque chose d’indescriptible. Surtout, il existait Ă  l’Ă©poque une drĂŽle d’ambiance dans l’Association des familles qui Ă©tait encore sous le choc du massacre et qui pensait qu’il fallait observer une gĂ©nĂ©ration de deuil dans ce pays »

En 1991, le retour Ă  une vie normale se traduit par la plantation d’arbres le long de l’avenue du 10-Juin et le placement de bacs Ă  fleurs Ă  l’intersection principale.

Un procĂšs aura lieu devant le tribunal de Bordeaux en 1953 : sur le banc des accusĂ©s, 21 personnes seulement (dont 14 Alsaciens). À ce procĂšs plusieurs grands absents : notamment Heinz Lammerding, commandant de la 2Ăšme division SS « Das Reich », que l’Allemagne de l’Ouest refuse d’extrader et Adolf Diekmann, un autre commandant qui est mort le 29 juin 1944 durant la bataille de Normandie.

Le verdict est prononcé dans la nuit du  : parmi les accusés allemands, le sergent Lenz est condamné à mort, un accusé qui a pu prouver son absence lors du massacre est acquitté et les autres sont condamnés à des peines variant de dix à douze ans de travaux forcés ; les Alsaciens Malgré-nous écopent de cinq à douze ans de travaux forcés ou de cinq à huit ans de prison ; quant au seul Alsacien engagé volontaire dans la Waffen-SS, il est condamné à mort pour trahison.

Le verdict dĂ©clenche de vives protestations en Alsace : « Nous n’acceptons pas. Toute l’Alsace se dĂ©clare solidaire avec ses treize enfants condamnĂ©s Ă  tort Ă  Bordeaux et avec les 130 000 incorporĂ©s de force. [
] Elle restera avec eux dans la peine. L’Alsace française s’Ă©lĂšve avec vĂ©hĂ©mence contre l’incomprĂ©hension dont ses fils sont les malheureuses victimes ».

En FĂ©vrier 1953, le prĂ©sident du Conseil des ministres dĂ©pose Ă  l’AssemblĂ©e Nationale une  proposition de loi accordant l’amnistie pleine et entiĂšre Ă  tous les enrĂŽlĂ©s de force : cette fois, c’est dans le Limousin et dans les journaux issus de la RĂ©sistance que se dĂ©clenche l’indignation.

Le 21 FĂ©vrier 1953, Ă  l’aube, les treize MalgrĂ© nous sont libĂ©rĂ©s et rejoignent leur famille en Alsace dans l’aprĂšs-midi. Les cinq Allemands voient leur peine rĂ©duite et sont libĂ©rĂ©s quelques mois plus tard. Les deux peines capitales sont commuĂ©es en rĂ©clusion perpĂ©tuelle en .

Aucun condamnĂ© par contumace n’est inquiĂ©tĂ©.

La loi d’amnistie conduit Ă  une vĂ©ritable rĂ©volte Ă  Oradour et dans le Limousin : anciens rĂ©sistants et Ă©lus locaux rendent leurs dĂ©corations et l’Association nationale des familles des martyrs refuse le transfert des cendres des martyrs dans la crypte construite par l’État et interdit Ă  tout reprĂ©sentant de l’État d’ĂȘtre prĂ©sent aux cĂ©rĂ©monies commĂ©moratives.

En 1958, cinq ans aprÚs le procÚs, tous les condamnés sont libres.

Le président Jacques Chirac inaugure le Centre de la mémoire le 16 juillet 1999.

Le centre de la mémoire

III – Quelques photos

Quelques photos d’Oradour-sur-Glane en 2020

IV – Conclusion

C’est avec Ă©motion et sidĂ©ration que nous avons quittĂ© le village d’Oradour-sur-Glane pour rentrer Ă  notre hĂŽtel.

Bien que cet article ne correspondent pas vraiment Ă  la ligne Ă©ditoriale habituelle de mon site internet, j’ai dĂ©cidĂ© de vous le partager dans la rubrique Carnet de voyage : je m’intĂ©resse Ă  l’Histoire et puis aprĂšs tout c’est mon site, j’y partage ce dont j’ai envie 😉

Cette Ă©tape Ă©tait l’avant-derniĂšre de notre roadtrip : la derniĂšre Ă©tape se situe en VendĂ©e et elle nous fera elle aussi voyager dans le temps (bien que diffĂ©remment !) puisqu’il s’agit du Puy-du-fou.

En route pour la derniĂšre Ă©tape !

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